« Alors, elle augmente, cette valeur du point ? » La question m'est posée au moins une fois par semaine. Par des directeurs d'Ehpad, des chefs de service, des délégués syndicaux, et même par un cuisinier d'un foyer d'accueil spécialisé qui avait fini par retenir le chiffre de tête : 3,93 €. Quand il a appris qu'il n'avait pas bougé depuis l'été 2022, il a eu un silence. Puis il a dit : « Donc mon salaire, il est gelé. » Oui. Et si vous cherchez « augmentation valeur du point convention 66 2020 », vous tombez dans une drôle de trappe temporelle : l'année en question n'a rien apporté, et c'est justement ça qui explique la situation d'aujourd'hui.
Je vais vous raconter ce qui s'est vraiment passé, ce que valent les chiffres, et pourquoi la question de 2026 n'a pas la même réponse selon la fédération à laquelle votre établissement est adhérent. Parce que oui, il y a deux valeurs du point. Et ça, personne ne vous le dit assez clairement.
Points clés à retenir
- La valeur du point de la convention collective 66 n'a pas été revalorisée en 2020 : aucun accord agréé cette année-là.
- Dernière revalorisation en date : 1er juillet 2022, avec une valeur toujours en vigueur.
- Deux montants coexistent : 3,93 € pour les établissements adhérents Nexem, 3,82 € pour les autres.
- L'indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % s'ajoute au salaire de base pour les non-cadres.
- Aucune augmentation actée pour 2026, et la fusion annoncée avec la convention 51 ajoute de l'incertitude.
Augmentation de la valeur du point convention 66 en 2020 : ce qui s'est réellement passé
Voilà le point qui fâche. En 2020, le pays était à l'arrêt, les établissements tournaient au ralenti, les masques manquaient, et les négociations salariales de branche étaient à peu près la dernière priorité de tout le monde. Résultat : aucune revalorisation de la valeur du point n'a été agréée au titre de l'année 2020.
Attention, je ne dis pas qu'il ne s'est rien passé du tout. Des discussions ont eu lieu, des groupes de travail se sont réunis, des projets d'accord ont circulé. Mais un accord de branche dans le champ de la convention 66 ne produit d'effet sur les salaires qu'après agrément ministériel. Sans tampon de l'État, pas de revalorisation. Et ce tampon n'est pas venu.
Pourquoi cette année est devenue un trou dans la grille
Pour comprendre, il faut accepter une chose simple : la valeur du point n'est pas indexée sur l'inflation. Elle ne suit pas le SMIC automatiquement. Elle dépend d'un accord entre les organisations patronales et les fédérations syndicales, puis d'une procédure d'agrément.
Ce qui signifie qu'une année sans accord, c'est une année où chaque mois travaillé creuse l'écart avec le coût de la vie. Pas un écart théorique. Un écart qui se voit sur la fiche de paie de la personne qui accompagne votre parent en perte d'autonomie.
J'ai vu le mécanisme à l'œuvre de l'intérieur il y a quelques années, dans une association gestionnaire d'une dizaine d'établissements. On avait préparé un budget prévisionnel en intégrant une hypothèse de revalorisation à +1,5 %. Hypothèse raisonnable, non ? L'accord n'est jamais arrivé. On a dû réviser le budget en cours d'exercice, geler deux recrutements et expliquer aux équipes pourquoi la hausse promise en réunion ne figurait nulle part sur le bulletin de salaire. Cette réunion-là, je m'en souviens encore. Le silence quand on a annoncé la nouvelle.
Chronologie 2019-2022 : le vrai enchaînement
La séquence est plus lisible qu'on ne le croit. Elle tient en quatre moments :
- 2019 : une revalorisation est actée, mais son calendrier et son montant restent modestes au regard des attentes de la branche.
- 2020 : année blanche. Crise sanitaire, négociations au point mort, aucun agrément.
- 2021 : les échanges reprennent, les fédérations syndicales réclament un rattrapage, les positions restent éloignées.
- 2022 : un accord finit par aboutir, avec effet au 1er juillet 2022. Il porte la valeur du point à son niveau actuel.
Ce qui m'agace, franchement, c'est le récit qu'on entend parfois : « la convention 66 a été revalorisée en 2022 ». Techniquement vrai. En pratique, cette revalorisation a servi en grande partie à rattraper du terrain perdu, pas à en gagner. Et depuis, plus rien.
Quelle est la valeur du point dans la convention 66 ?
Deux chiffres. Retenez-les, ils reviennent dans toutes les discussions :
| Situation de l'établissement | Valeur du point | Salaire brut mensuel pour un coefficient 403 |
|---|---|---|
| Adhérent Nexem | 3,93 € | environ 1 584 € |
| Non adhérent | 3,82 € | environ 1 539 € |
L'écart paraît dérisoire : 11 centimes. Sur un coefficient 403, ça représente environ 44 € brut par mois, soit plus de 500 € sur l'année. Pour un poste identique, dans deux structures qui font le même métier. Voilà pourquoi la question de l'adhésion à la fédération patronale n'est pas un détail de couloir : elle se traduit directement sur les fiches de paie de vos collègues.
La formule de calcul à connaître
Salaire de base brut = coefficient × valeur du point. Rien de plus. Un coefficient 403 correspond au plancher de la grille pour un employé qualifié ; les coefficients montent ensuite selon la classification du poste.
Et il y a cet élément que beaucoup oublient : l'indemnité de sujétion spéciale de 9,21 %. Elle s'ajoute au salaire de base pour les personnels non-cadres, et correspond historiquement à la contrainte des horaires irréguliers, des week-ends, des nuits. Sur un salaire de base de 1 584 €, elle pèse environ 146 € brut. Ce n'est pas négligeable — et c'est souvent la ligne que les candidats en entretien ne pensent pas à demander.
Faites le calcul avec vos propres coefficients. C'est le meilleur moyen de comprendre l'enjeu réel d'une revalorisation de quelques centimes.
Y aura-t-il une augmentation du point CC66 en 2026 ?
Réponse courte : rien n'est acté à ce jour. Aucun accord agréé ne fixe une nouvelle valeur du point pour 2026, et la valeur applicable reste celle issue de l'accord de 2022.
Réponse longue, parce que le contexte est plus mouvementé qu'il n'y paraît.
Le chantier de la fusion avec la convention 51
Un projet de rapprochement entre la convention 66 et la convention 51 (celle du secteur de l'aide à domicile) est sur la table. L'idée : harmoniser deux branches qui emploient des publics proches avec des grilles salariales différentes.
Sur le papier, c'est séduisant. Dans les faits, cette perspective refroidit considérablement les discussions salariales. Pourquoi négocier une revalorisation sur une grille qu'on s'apprête à refondre ? C'est l'argument qu'on entend dans les réunions de branche, et il est redoutablement efficace pour repousser l'échéance.
Mon avis, et je l'assume : tant que le chantier de fusion n'est pas tranché, les salariés de la 66 n'ont aucune raison d'attendre une revalorisation significative. Le risque, c'est que l'harmonisation se fasse par le bas, sur les grilles les moins favorables. Ce n'est pas une fatalité, mais c'est un scénario que les organisations syndicales ont intérêt à verrouiller noir sur blanc.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Si vous êtes salarié, employeur ou représentant du personnel, trois réflexes utiles :
- Vérifiez la valeur du point appliquée sur vos bulletins de paie. Un établissement non adhérent qui applique 3,93 € fait mieux que le minimum — l'inverse est un problème.
- Suivez les publications de votre fédération patronale et des organisations syndicales de branche plutôt que les rumeurs de couloir.
- Sur la fusion, demandez explicitement une clause de maintien des avantages acquis. C'est là que se joue le vrai match.
Quelle est l'augmentation de salaire prévue par la convention 66 ?
Il n'y a pas d'augmentation programmée, de calendrier fixé, ni de pourcentage annoncé pour les prochaines années. Ce n'est pas une esquive : c'est le fonctionnement même du dispositif. Une revalorisation n'existe que quand un accord est signé puis agréé. Avant cela, il n'y a rien à annoncer.
Ce qui existe, en revanche, ce sont des effets indirects. Le SMIC, lui, est revalorisé chaque année par décret. Et quand les grilles conventionnelles passent sous le plancher légal, l'employeur doit appliquer le SMIC — sans que cela ne change la valeur du point elle-même. J'ai vu des coefficients de la 66 rattrapés année après année par le SMIC. À chaque fois, cela signifie que le travail qualifié d'accompagnement n'est plus valorisé au-dessus du minimum légal.
Ce glissement progressif, c'est le vrai sujet. Et c'est aussi ce qui explique pourquoi les métiers du secteur peinent à recruter : à quoi bon un diplôme d'éducateur spécialisé ou de moniteur-éducateur si le salaire d'entrée finit par s'aligner sur le SMIC ?
Une dernière chose, pour ceux qui cherchent des dates précises : il existe bien des accords de branche sur d'autres sujets (temps de travail, prévoyance, classifications). Mais sur la valeur du point, aucune échéance officielle n'est fixée au-delà du 1er juillet 2022. C'est un fait, pas une opinion.
La vraie question n'est peut-être plus « quand sera revalorisée la valeur du point ? » mais « combien de temps encore un secteur entier acceptera que son salaire de référence dépende d'une poignée de signatures agréées par un ministère ? ». La réponse, elle, ne viendra ni d'un tableur ni d'une grille. Elle viendra des gens qui décideront, un matin, que 3,93 € ne suffisent plus.